Journal personnel: samedi, le 31 août 1996. Belfast, Irlande du Nord

Match Ticket

C'était déjà un long week-end. La planification, l'arrivée des gens d'en dehors de la ville, la préparation du petit déjeuner de ce jour et tout cela après seulement deux heures de sommeil pour ensuite se précipiter vers l'aéroport pour prendre l'avion vers Belfast.

Lucy, notre hôtesse d'une beauté sensationnelle sur le vol européen Jersey, savait qu'il se passait quelque chose quand les chants folkloriques ukrainiens retentissaient de la cabine; sans prendre compte bien sur des commandes de bière et de cognac à 8 heures! Je lui ai demandé si elle était au courant que c'était un charter pour le match de football. Elle a répondu non en riant.

Dans un bar en Belfast
Dans un bar en Belfast

Nos hôtes à l'hôtel étaient autant amusés. Par midi, le bar était plein à craquer. À tout moment, les chants "YKPAIHA" résonnaient parmi le groupe. Il régnait une atmosphère d'espoir remplie de patriotisme, représentant de véritables festivités.

Vers 15 heures, nous avons commencé la marche vers le Parc Windsor, l'objet de cette journée. Des douzaines de drapeaux flottaient et la plupart des visages étaient peints de bleu et jaune. La moitié du groupe portait le ‘vyshytja' et environ une douzaine était équipée de ‘sharyvary', ‘jupany' et ‘chobuty'. Le gros tambour bas grondait tandis que le bruit des trompettes perçait l'air d'un après-midi calme. Les habitants de la place sortaient stupéfaits pour observer le spectacle.

À mi-chemin, les hurlements derrière nous annonçaient l'arrivée du reste de notre groupe, aussi originals et bruyants mais deux fois plus nombreux. Nous nous sommes rassemblés et avons marché ensemble les dernières centaines de mètres jusqu'au stade. À notre entrée sur le terrain, les joueurs faisaient leurs exercices de réchauffement et nous pouvions apercevoir des regards perplexes sur plusieurs. Il était certain qu'ils n'avaient aucune idée de ce qui se passait.

Sur le toît de l'autre côté du stade, des drapeaux massifs de l'Ukraine, de FIFA et de l'Irlande du Nord battaient avec ardeur au vent. Le temps était clément pour les joueurs - frais, ensoleillé et un faible vent.

Les fans Ukrainiennes
Les fans Ukrainiennes

Il était certain que la délégation ukrainienne était surprise. Plusieurs représentants de l'Association de football ukrainien, de ‘Dynamo Kyiv' et d'autres organisations prirent leurs places à l'avant de notre section, nous regardant d'une manière confuse. Deux personnes de notre groupe sont allés se présenter. En fin de compte, il semble que très peu d'entre eux parlaient la langue ukrainienne ce qui fit la conversation un peu gênante et embarassante.

C'est alors que la fanfare a commencé à jouer. Et aussitôt que les premières notes se firent entendre, nous nous sommes tous mit à chanter l'hymne nationale. J'ai chanté plusieurs fois auparavant le ‘Sche Ne Vmerla', mais rarement l'ai-je chantée d'une manière aussi convainquante. En fait, peut-être que chanté n'est pas le mot exact. Nous l'avons crié! Et nous l'avons crié fort! Un photographe de la presse de l'autre côté du stade nous a plus tard confié que l'on pouvait probablement nous entendre à cent lieues de là. Le chef de la fanfare s'est tourné vers nous et a commencé à prendre ses signaux de nos voix. Les joueurs tournaient la tête pour voir d'ou venait tout ce bruit. Ce qu'ils voyaient était environ 250 partisans, des drapeaux ondulant et des voix retentissantes les invitant à donner tout ce qu'ils avaient. À la dernière note de la fanfare, les trompettes reprirent, encore du bruit et puis le silence. Avec beaucoup moins d'entrain, nous avons tous chanté ‘God Save The Queen'. Et puis, le match a commencé.

Avec un rapide éclat du sifflet et un vif coup au ballon, le tout premier match de qualification pour la Coupe du Monde pour l'Ukraine était en cours. Les premières minutes étaient très irrégulières mais certaines choses étaient claires - les joueurs de l'Irlande du Nord n'étaient pas en pleine forme. Le ‘midfield' de l'Ukraine était solide et semblait avoir un contrôle ferme. Notre défense était en bon état et les joueurs du ‘midfield' se mélangeaient bien et forcaient la défense irlandaise d'agir assez régulièrement. Et c'est ce qui aurait du mener l'équipe de l'Ukraine au but d'ouverture. Le ballon a été joué vers Leonenko au dessus de la zone du but. Leonenko a tourné et a fait un coup bas juste au côté du gardien irlandais, le numéro deux de Nottingham Forest, Allan Fettis. Fettis, cependant, est parvenu à y mettre le pied juste à temps et le ballon manqua le but. Dans l'ensemble, cependant, du côté divertissement, cette première moitié était affreuse. Il n'y avait pas eu beaucoup de courses remarquables et presque rien pour provoquer même un peu de passion chez les spectateurs. Néanmoins, nous avons fait de notre mieux pour chanter à pleine voix et montrer que nous étions fiers de notre équipe. La partie semblait en danger peu de temps avant le sifflet de la mi- temps lorsque le gardien du Dynamo Kyiv, Shovkovsky, a saisi le ballon à la ligne après l'avoir manier maladroitement. Il y a eu d'autres moments pour les deux côtés mais ceux-ci étaient les meilleurs.

À la mi-temps, j'ai eu la chance de jasé avec un homme du nom de Victor, un directeur avec Dynamo Kyiv. En rouspétant, je lui ai déploré la mauvaise habitude de Shovkovsky de frapper le ballon avec les poings qui me rendait très nerveux. Nous avons aussi parlé du jeu décevant du Dynamo contre Rapid Vienna dans le qualificateur de la Ligue de Champions. Il ne pouvait caché sa déception. Mais la deuxième moitié était pour commencer...

L'Irlande du Nord avait clairement utilisé cette pause à leur avantage. Ils sortaient plus vifs et Keith Gillespie du Newcastle United inspirait un jeu au midfield beaucoup amélioré. En dépit de ceci, les irlandais avaient du mal à pénétrer la défense ukrainienne. Pendant ce temps, l'offense de l'Ukraine donnait toujours à l'Irlande du Nord des difficultés, mélangeant des lobs profonds et longs avec des petites passes rapides. Le spectacle était amélioré et beaucoup plus divertissant. En fait, c'était Gillespie qui aurait pu avoir le but d'ouverture. Sa course rapide en flèche sur le flanc droit et un merveilleux chip parfait a laissé Shovkovsky déjouer. Alors que le ballon passait, à notre horreur, au dessus des bras étendus du gardien et arquait vers le coin du but ukrainien, Gillespie soulevait ses bras en attendant la célébration. Mais comme un coup d'éclair, le défenseur du Shakhtar Donetsk, Povov, s'est élancé et avec un coup de tête à la ligne a dévié le ballon pour sauver le jour. C'était un arrêt remarquable. Le jeu se calmait et à l'approche de 80 minutes, on ressentait que ça allait se terminer 0-0. Mais il y restait encore de la magie.

Rebrov tire le but!
Rebrov tire le but!

L'Ukraine à été accordée un coup libre à mi-chmin de la zone irlandaise. Le coup a été pris rapidement et, vous devez me pardonner, j'ai perdu compte de qui avait quel numéro à ce moment, mais notre numéro 9 avait le ballon et cherchait à le passer à quelqu'un. C'est à ce moment que notre numéro 3 s'est élancé sur le flanc gauche derrière lui. La passe était faite, et ayant l'avantage d'être déjà en toute vitesse, notre numéro 3 a réussi à contourner son marqueur irlandais et à croiser le ballon. Rebrov du Dynamo Kyiv n'était pas marquer et a frappé le ballon solidement avec sa tête vers le but. Fettis a réussi à toucher le ballon avec sa main mais le ballon a passé. J'ai vu le ballon se diriger vers le coin mais je ne pouvais pas dire si le ballon allait hors du but ou non. Mais dès que j'ai vu les mailles du filet en avant du ballon....

Bedlam!

Et la fête a duré pendant dix minutes. On dansait, on chantait, on se serrait dans les bras et les trompettes vibraient. Le gros tambour bas battait. Même les représentants ukrainiens posés se joignaient à nous finalement. La Manie Pure!

Dans les prochaines minutes qui suivirent, nous avons presque fait le 0-2 mais Fettis a serré le ballon entre ses chevilles pour nous priver d'une autre célébration. Puis la nervosité s'emparra de nous puisque l'équipe de l'Ukraine gardait leur avance en attendant le coup de sifflet. C'est une pratique extrêmement dangeureuse, même si elle est entièrement naturelle, et une qui frustre tant ceux qui les supportent. L'arbitre français semblait joué du temps supplémentaire sans fin durant lequel les Irlandais s'avançaient et forçaient plusieurs moments dangeureux. Puis lorsque le coup de sifflet vint finalement, la fête a recommencé. Plusieurs partisans irlandais sont venus nous serrer la main et on échangeait des félicitations et des sympathies.

Une grande celebration
Une grande celebration

Comme les joueurs se préparaient à laisser le terrain, les équipiers de l'Ukraine sont venus devant notre section, ont applaudi les partisans et ont salué comme le font les artistes sur scène. C'était un moment enthousiaste et joyeux. Après leur sortie, l'entraineur, Jozef Sabo, est venu devant nous. Il a dansé et fonçé des coups de poing dans l'air avec une joie abondante. Les représentants ukrainiens nous ont tous enlacés et criaient "Spasiba!" par dessus tout le vacarme. Nous sommes restés à nos sièges pour environ dix minutes de plus, chantant jusqu'à ce que nos voix n'en puissent plus avant de finalement partir pour se retrouver à l'entrée des joueurs et attendre les vainqueurs. Après quelques minutes, le directeur est sorti avec le ballon du match autographié et nous a remercié pour le support vocal. Il nous a ensuite invité à Kyiv, et d'y être aussi bruyants et fiers.

La fête a continué à l'hôtel jusqu'au lever du soleil. Les gens de l'hôtel nous ont gentillement permis d'être incroyablement bruyants. Je devine qu'ils ne levaient pas le nez sur les recettes du bar.

Puis la nouvelle - l'Armanie 0 Portugal 0 et la réalisation que nous sommes à l'avant. Est-ce peut-être le commencement de grandes choses?

Et ainsi, au Portugal en novembre.


Le tableau après la première ronde

P Equipe J G N P Buts Ptes
1 Ukraine 1 1 0 0 1-0 3
2 Portugal 1 0 1 0 0-0 1
3 Armenie 1 0 1 0 0-0 1
4 Allemagne 0 0 0 0 0-0 0
5 Albanie 0 0 0 0 0-0 0
6 Ireland du Nord 1 0 0 1 0-1 0

En avant à Portugal...


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Information pour cette match par Jaroslaw Jarmola - Ireland du Nord v Ukraine (en anglais)